La Fédération
Des origines militaires à l’ouverture au grand public
Le judo apparaît en Tunisie dans les années 1940, à la caserne d’El Aouina, près de Tunis, où le gendarme français Maurice Gruel (1920–2010, futur 9ᵉ dan et grande figure du judo français) aménage un dojo de fortune et initie de jeunes Tunisiens et Français à la discipline. Le sport gagne ensuite Tunis, Sfax et Sousse, mais reste longtemps une pratique de salles fermées réservée à une élite urbaine.
L’ouverture au grand public date de la fin des années 1940 : le premier club de la capitale ouvre rue Fénelon, au quartier Lafayette, sous la direction de Jim Al Cheikh, ceinture noire 2ᵉ dan d’origine algérienne — considéré comme le premier véritable professeur de judo en Tunisie. En 1957, les frères Chedly et Abderrahmen Ben Hamida fondent à Sidi Bou Saïd le premier club de la banlieue nord, transféré en 1961 à La Marsa sous la bannière de l’Avenir Musulman — l’ancêtre de l’actuel AS Marsa. Des salles ouvrent à la même époque à Sfax et à Sousse. Jusqu’au milieu des années 1960, ces clubs restent autonomes, sans coordination fédérale.
Une fédération née d’une rencontre diplomatique
L’événement fondateur tient à une amitié nouée à Tokyo entre Slama Mounir, cadre tunisien en poste à l’ambassade de Tunisie, et un enseignant du Kodokan, maître Oshikiri. Devenu le premier Tunisien ceinture noire du Kodokan, Slama Mounir invite, en accord avec le ministère du Sport, le maître japonais à venir développer le judo dans le pays. En 1965, Oshikiri Sensei séjourne six mois en Tunisie — un épisode fondateur de la coopération tuniso-japonaise, à partir duquel la discipline, jusque-là livrée aux seuls clubs, commence à être réellement encadrée à l’échelle nationale.
La Fédération tunisienne de judo est créée en 1966, dans le sillage de la mission de maître Oshikiri en 1965. Slama Mounir en devient le premier président.
Une organisation décentralisée depuis 1976
Pendant sa première décennie, la Fédération reste centrée sur Tunis. En 1976, la création des ligues régionales met fin à cette centralisation ; la première, la ligue du Sud, réunit les clubs de Sfax, Kairouan, Sousse et Gabès. Cette organisation en ligues structure toujours le judo tunisien aujourd’hui.
Un rayonnement continental et international
La Fédération tunisienne de judo occupe une place reconnue dans les instances internationales du judo : Hédi Mhirsi, alors président de la Fédération, est élu trésorier de l’Union africaine de judo en 1991, et le Dr Hédi Dhouib, ancien président de la Fédération, exerce la fonction de secrétaire général de la Fédération internationale de judo de 1994 à 2011 — l’une des plus hautes responsabilités jamais occupées par un dirigeant tunisien dans une instance sportive internationale.
La Tunisie a organisé les championnats d’Afrique à quatre reprises (1968, 1994, 2004 et 2018, ce dernier au Palais des sports d’El Menzah) et accueilli à trois reprises le Grand Prix de Tunis, étape du circuit de la Fédération internationale de judo — jusqu’à 335 judokas de 46 nations lors de l’édition 2018.
Gouvernance
La Fédération est présidée par Skander Hachicha depuis 2012, réélu pour un troisième mandat consécutif (2020–2024) lors d’une assemblée générale tenue à la salle de judo de la Cité nationale des jeunes d’El Menzah. Son bureau fédéral a porté des projets d’amélioration des salles régionales et la création d’un centre d’hébergement pour les sportifs. Les statuts et le fonctionnement de la Fédération sont fixés par le Statut FTJUDO et par le code sportif et d’organisation.
Aujourd’hui
La Fédération Tunisienne de Judo encadre le judo et les disciplines associées — aïkido et kendo — sur l’ensemble du territoire tunisien, à travers les ligues régionales héritées de celles créées à partir de 1976. Sa pratique s’appuie sur le code moral du judo et ses huit valeurs traditionnelles.